Le temps des ouvreurs
- Bernard Novet
- 1 avr.
- 1 min de lecture
L'autre jour, c'était le 25 mars, j'ai réalisé que j'avais vécu plus longtemps que mon frangin. Étrange sensation. Je peux maintenant lui dire "tu vois", c'est comme ça à 63.
Je n'ai évidemment aucune idée de la manière dont tout cela va se terminer, demain ou dans 40 ans. 40, je suis optimiste... Mais il est vrai que jusque là, j'avais un ouvreur. On m'avait doté d'un grand frère qui pouvait tester les choses avant que je ne me lance. Bon, on a vite testé des choses séparément, comme qui dirait chacun de son côté. Mais l'idée restait, bien ancrée.
J'ai attendu son départ pour réaliser que plein de gens, presque tout le monde, en fait, avaient perdu des proches. Parfois très jeunes. Parfois dans des circonstances dramatiques. Mais je crois que je n'avais pas vraiment réalisé. Pas concrètement. Que j'étais surtout sur mon bonhomme de chemin, avec ses petits tours et ses petits détours. Que je ne regardais guère autour de moi. En Suisse, tout est calme, dit-on. Et mon côté introverti ne m'encourage pas à chercher ailleurs.
Enfermé ?
Sans doute un peu, oui. Un bug de programmation, aurait-il dit. Peut-être.
Il reste à faire mieux. Progresser. Essayer, tout au moins. Déjà, être reconnaissant pour le chemin parcouru ensemble, jamais trop près l'un de l'autre, jamais trop loin.
Et pour le temps où je deviens plus vieux que lui. Allez... moins jeune !
Comme ça, je pourrais lui raconter comment ça fait. Ou me raconter à moi-même ce que j'aurais pu lui dire.
On ne sait jamais.
Reste à espérer que le chemin soit aussi riche que celui partagé ensemble.


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